Huit motos en file indienne, un col qui tombe à pic sur une rivière turquoise, et le soir venu une centaine de voyageurs qui trinquent au même alcool de maïs. La boucle de Ha Giang, c'est l'expérience dont tout le monde parle au Vietnam, et pour une fois la réputation est méritée. Je l'ai faite en juin 2025 avec Jasmine Tours, en trois jours et deux nuits. Voilà mon avis complet, avec ce qui m'a scotché, ce qui surprend, et surtout à qui je conseille franchement de choisir une autre agence.
Ha Giang, c'est la province la plus au nord du Vietnam, collée à la frontière chinoise. La boucle est un itinéraire circulaire d'environ 350 kilomètres qui grimpe à travers le plateau karstique de Dong Van, classé géoparc mondial par l'UNESCO. On y roule sur des routes de montagne taillées à flanc de falaise, on traverse des villages de minorités H'Mong, Tay, Dao et Lo Lo, et on enchaîne les cols les uns après les autres. C'est le genre de paysage qu'on croit exagéré sur les photos jusqu'au moment où on y est.
Deux façons de la faire. Soit vous conduisez vous-même, ce qui suppose un vrai permis moto et de l'expérience sur routes de montagne. Soit vous prenez un easy rider, et c'est le mot que vous allez croiser partout sans forcément savoir ce qu'il veut dire : un easy rider, c'est un pilote local qui conduit la moto pendant que vous êtes assis derrière en passager. Vous ne touchez pas au guidon, vous regardez le paysage, et lui connaît chaque virage par coeur.
Les agences les plus connues partent toutes de Hanoï, s'occupent du transport aller-retour, et vous ramènent au point de départ ou vous déposent ailleurs dans le nord du pays. C'est ce qui rend l'expérience si simple à caser dans un itinéraire vietnamien : vous partez avec un petit sac et vous revenez trois ou quatre jours plus tard, sans avoir rien organisé.
Le départ se fait depuis Hanoï. On vous récupère, vous montez dans un bus, et vous roulez jusqu'à la base de l'agence, située à l'entrée de la boucle. Tout le monde se retrouve là-bas et dort en dortoir. Ce n'est pas la nuit la plus glamour du voyage, mais c'est celle qui fait qu'au petit matin, tout le monde est au même endroit, reposé, prêt à partir.
Le lendemain matin, briefing. Et c'est là que Jasmine fait la différence. Les équipes montent sur l'estrade, mettent de la musique, expliquent les règles de sécurité avec de l'humour, distribuent les t-shirts. On ne vous récite pas un règlement, on vous embarque. En dix minutes, cent inconnus deviennent un groupe. Ensuite on répartit tout le monde en petits convois. Le mien était de huit motos avec un chef de convoi, et c'est à cette taille-là qu'on roule toute la journée : suffisamment petit pour se parler aux arrêts, suffisamment encadré pour ne jamais être perdu.
Côté budget, tout est compris dans le prix : les bus aller et retour depuis Hanoï, la moto et l'essence, l'easy rider, les hébergements, l'eau, et tous les repas du circuit. Vous ne sortez votre portefeuille que pour les cafés en route, les bières du soir et le pourboire de votre pilote. J'ai payé environ 180 euros pour la formule trois jours deux nuits.
Vous n'emportez qu'un petit sac pour la boucle. Le gros sac à dos reste à la base de l'agence, gardé gratuitement jusqu'à votre retour. Prévoyez une couche chaude et un coupe-vent même en été : en montagne, à moto, le vent est glacial le matin.
La première journée grimpe vers le col de Bac Sum et la Heaven's Gate de Quan Ba, le premier grand panorama après la ville de Ha Giang, avec ses collines jumelles en contrebas. Plus loin, on traverse la forêt de pins de Yen Minh, on descend dans les lacets du col de Tham Ma, et on s'arrête au palais du roi H'Mong, une demeure en pierre posée au milieu de nulle part qui raconte toute l'histoire de la région.
On monte aussi jusqu'à la tour du drapeau de Lung Cu, le point le plus au nord du Vietnam. De là-haut, on voit littéralement la Chine de l'autre côté de la vallée, avec les champs découpés en patchwork et les bornes frontières. Il y a quelque chose d'un peu solennel à être à cet endroit précis. Selon les itinéraires, on visite aussi une grotte, dans mon cas la grotte de Lung Khuy, et on s'arrête dans la vieille ville de Dong Van, tout en pierre.
Mais le moment que personne n'oublie, c'est le col de Ma Pi Leng. La route est taillée dans la falaise, et deux cents mètres plus bas coule la rivière Nho Que dans le canyon de Tu San, d'un vert émeraude irréel. On coupe le moteur, on descend de la moto, et plus personne ne parle pendant une minute.
Si vous ne retenez qu'un conseil de cet article, prenez un easy rider. À moins d'être vraiment à l'aise en moto, avec un permis en règle et l'habitude des routes de montagne, c'est le meilleur choix, et de loin. D'abord parce que sans permis moto valide vous n'avez rien à faire au guidon, ni légalement ni côté assurance. Ensuite parce que ces routes ne pardonnent pas l'improvisation : virages serrés, camions, gravillons, buffles au milieu de la chaussée. Et enfin parce qu'en passager, vous regardez le paysage au lieu de fixer le bitume à trois mètres devant vous.
Il y a une autre raison, moins pratique et plus importante. Les easy riders sont des jeunes de la région, formés par l'agence, pour qui c'est un vrai métier. Vous passez trois jours collé à quelqu'un qui vous montre son pays, et le soir vous mangez à la même table. On finit par se comprendre à moitié en anglais, à moitié en gestes, et on rigole beaucoup. À la fin du séjour, ce n'est plus votre chauffeur, c'est votre pote. C'est probablement ce dont je me souviens le mieux.
La formule que je recommande plutôt que le trois jours. Bus aller-retour depuis Hanoï, moto et essence, easy rider local, hébergements, eau et tous les repas inclus. Ambiance très collective, soirées animées, groupes de voyageurs plutôt jeunes.
Il faut être clair sur ce point, parce que c'est ce qui fait la réputation de l'agence et c'est aussi ce qui peut vous faire fuir. La journée, vous roulez en convoi de huit. Le soir, tous les convois se retrouvent au même hébergement, et là vous êtes entre cinquante et cent. Beaucoup de voyageurs entre vingt et trente-cinq ans, une immense tablée, et une ambiance de colonie de vacances pour adultes.
Le rituel s'appelle la happy water. C'est le surnom que les voyageurs ont donné au rượu ngô, l'alcool de maïs distillé traditionnellement par les communautés H'Mong et Tay des hautes terres. Ça titre autour de 35 à 45 degrés, ça sent le maïs grillé, et ça se boit cul sec dans de petits verres au cri de « một, hai, ba, dzô », l'équivalent local de notre tchin. Ce n'est pas juste de l'alcool, c'est une manière de dire bienvenue. Ensuite arrive le karaoké, et le deuxième soir, il y avait carrément une boîte de nuit dans l'auberge.
Un mot de bon sens quand même. Vos pilotes reprennent la route le lendemain matin sur des falaises. Les bonnes agences veillent à ce que leurs easy riders restent très mesurés le soir, et c'était le cas chez Jasmine. De votre côté, alternez avec de l'eau et sachez vous arrêter : personne n'a envie de faire Ma Pi Leng avec la tête dans un étau.
J'ai pris la formule trois jours deux nuits, et si je devais y retourner demain je prendrais les quatre jours. C'est mon unique regret sur ce voyage.
La raison est simple. En trois jours, l'itinéraire est le même mais compressé, et le dernier jour devient une très longue journée de route, plus de deux cents kilomètres, où on enchaîne les heures de selle sans vraiment s'arrêter. En quatre jours, la distance est répartie de façon égale, on garde du temps pour la vallée de Du Gia et sa cascade, et on profite d'une soirée de plus avec le groupe. Vu que le prix ne varie pas énormément entre les deux formules et que vous avez déjà payé le trajet depuis Hanoï, la journée supplémentaire est le meilleur rapport qualité prix du séjour.
C'est la partie que peu d'articles écrivent honnêtement, alors allons-y. Jasmine, c'est une grosse machine, très bien rodée, mais une grosse machine quand même. L'organisation est excellente, l'encadrement rassurant, les easy riders formés, et l'esprit de groupe est réel au point que le dernier jour, il y a des gens qui pleurent en se quittant. En trois jours, on vit vraiment beaucoup de choses.
Mais si votre idée d'une soirée réussie, c'est un thé sur une terrasse en regardant les montagnes virer au violet, vous allez passer un mauvais moment. Il y aura du monde, du bruit, de la musique et des toasts jusqu'à tard. Ce n'est ni mieux ni moins bien, c'est un style. Dans ce cas, tournez-vous vers une agence à plus petits groupes, avec un public plus large en âge et des soirées calmes en homestay familial. Acquarius fait exactement ça, sur les mêmes routes et les mêmes points de vue : vous ne perdez rien des paysages, vous gagnez le silence.
Mêmes cols, mêmes points de vue, mais en plus petit comité et avec des soirées beaucoup plus tranquilles. Le bon choix si vous venez pour les paysages et les rencontres locales plutôt que pour la fête.
Pour conduire vous-même, oui, et pas seulement le permis international : il faut détenir un vrai permis moto dans votre pays d'origine, catégorie A ou A1, accompagné du permis international. Sans ça, vous êtes en infraction, les contrôles de police sont fréquents à la sortie de Ha Giang, et surtout votre assurance ne vous couvrira pas en cas d'accident. Avec un easy rider, aucun permis n'est demandé puisque vous êtes passager. C'est aussi pour ça que je le recommande à presque tout le monde.
Comptez en gros entre 130 et 300 dollars selon la durée, la formule choisie et le fait que le bus depuis Hanoï soit inclus ou non. Le quatre jours trois nuits avec easy rider tourne autour de 240 euros chez Jasmine. J'ai payé environ 180 euros pour ma formule trois jours. Prévoyez en plus les boissons, les snacks en route et un pourboire pour votre pilote, à votre appréciation.
Les transferts en bus depuis Hanoï et le retour, la moto, l'essence, l'easy rider, les hébergements chaque nuit, l'eau et tous les repas du circuit. Le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner sont servis en tablée commune, souvent des plats à partager, et c'est copieux.
Octobre fait l'unanimité : les rizières sont dorées et le temps est clément. Mars et avril sont excellents aussi, avec les arbres en fleurs. De mai à août, on est en pleine mousson, les routes deviennent glissantes et la visibilité s'effondre : à éviter si vous comptez conduire vous-même. En hiver, la boucle reste magnifique mais il fait vraiment froid en altitude, surtout à moto.
Ce sont des routes de montagne, avec des virages serrés, du trafic local et parfois des animaux sur la chaussée. Le risque existe et il est réel pour un conducteur inexpérimenté. Avec un pilote local, la boucle se fait sereinement. Dans tous les cas, souscrivez une assurance voyage qui couvre explicitement le deux-roues avant de partir, et vérifiez bien les conditions liées au permis.
Un petit sac suffit, le reste attend à la base. Emportez une couche chaude et un coupe-vent, un poncho de pluie, un pantalon long, des chaussures fermées, de la crème solaire, une gourde, une batterie externe et un peu de liquide. Le casque et les gants sont fournis par l'agence. Le réseau mobile est capricieux en montagne, donc téléchargez vos cartes hors ligne avant de partir.
Sans la moindre hésitation. La boucle de Ha Giang est l'une de ces expériences qu'on ne retrouve nulle part ailleurs : des paysages qui vous mettent une claque toutes les vingt minutes, un pays qu'on traverse à hauteur d'homme au lieu de le regarder par la vitre d'un bus, et des liens qui se créent en trois jours comme s'ils en avaient duré trois mois. Si vous êtes au Vietnam, faites-le.
Choisissez juste bien votre agence. Si vous voulez l'énergie, les rencontres et l'ambiance festive, Jasmine est exactement ça et le fait très bien. Si vous voulez les mêmes cols mais dans le calme, prenez une agence à petits groupes. Et dans les deux cas, prenez le quatre jours et un easy rider. Vous me remercierez au sommet de Ma Pi Leng.
Je poste là-bas ce qui ne rentre pas dans les articles : les stories du moment, les coins trouvés par hasard, et les prochaines destinations en préparation. Et si vous préparez votre boucle de Ha Giang et qu'il vous manque une info, écrivez-moi, je réponds à tout le monde.
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