La boucle de Cao Bang, ou pourquoi j'ai préféré la petite soeur de Ha Giang
Trois jours de scooter entre une cascade qui coupe un pays en deux et une montagne percée d'un oeil. Le nord du Vietnam sans la foule, mais pour combien de temps encore.
Il y a des endroits dont on se dit, en y étant, qu'il faut y aller maintenant. Cao Bang en fait partie. En début juillet 2025, j'ai enchaîné les deux grandes boucles du nord du Vietnam avec une seule journée de repos à Hanoï entre les deux : d'abord Ha Giang, la star, puis Cao Bang, sa voisine discrète. Et à ma grande surprise, c'est la deuxième qui m'a marquée. Voilà pourquoi, et comment savoir laquelle est faite pour vous.
Cao Bang ou Ha Giang ? La réponse courte
C'est la question que tout le monde se pose et à laquelle presque personne ne répond franchement, parce que très peu de voyageurs font les deux. Alors je tranche : si vous cherchez la fête, l'adrénaline et les rencontres, allez à Ha Giang. Si vous cherchez des paysages tout aussi beaux mais dans le silence, avec des sites naturels uniques et sans croiser un bus de touristes, allez à Cao Bang.
Cao Bang
Calme, nature, rencontres- Routes goudronnées et roulantes, accessibles en scooter
- Presque aucun touriste occidental sur la route
- Petits groupes, ambiance familiale le soir
- Sites uniques : Ban Gioc, Nguom Ngao, l'Oeil de Dieu
- On peut conduire soi-même sans être un pilote
Ha Giang
Énergie, cols, ambiance festive- Cols plus vertigineux, routes plus techniques
- Très fréquentée, cinquante à cent personnes le soir
- Soirées animées, karaoké, happy water
- Idéal si vous voyagez seul et voulez rencontrer du monde
- Easy rider quasi indispensable sans expérience moto
Les deux sont magnifiques et ne s'excluent pas. Si vous avez huit à dix jours dans le nord, faites les deux, c'est ce que j'ai fait et je ne regrette rien. Mais si vous devez choisir, la suite de cet article devrait vous aider. Et si c'est Ha Giang qui vous attire, j'ai écrit un avis complet sur la boucle de Ha Giang avec Jasmine Tours.
La boucle de Cao Bang, c'est quoi
Cao Bang est une province du nord-est du Vietnam, collée à la frontière chinoise, à environ 280 kilomètres de Hanoï. La boucle fait à peu près 250 kilomètres et se parcourt confortablement en trois jours. Elle traverse le géoparc mondial UNESCO de Non Nuoc Cao Bang, un paysage de montagnes karstiques, de vallées encaissées et de villages tay et nung.
On a réservé depuis Hanoï avec une agence, comme pour Ha Giang. Départ en bus, un trajet un peu long, arrivée de nuit, et on dort sur place. Le lendemain matin on démarre frais, ce qui change tout : on ne commence pas la boucle avec huit heures de bus dans les jambes.
Et là, première grosse différence avec Ha Giang. Nous étions cinq voyageurs pour trois guides locaux, tous à peu près de notre âge, entre vingt et trente ans. Pas cent personnes dans une salle commune : un petit groupe où tout le monde se connaît au bout de deux heures. Le soir, les guides restaient avec nous, on a fait du karaoké, on a mangé aux mêmes tables. L'ambiance était chaleureuse sans jamais devenir une boîte de nuit.
Moto, easy rider ou scooter : le vrai avantage de Cao Bang
Notre agence proposait trois formules. Conduire une moto soi-même, ce qui suppose un permis moto international et de l'expérience. Monter derrière un easy rider, c'est-à-dire un pilote local qui conduit à votre place. Ou, troisième option et c'est celle que j'ai choisie, conduire un scooter automatique en solo.
C'est possible ici et ça ne l'est pas vraiment à Ha Giang, pour une raison simple : les routes de Cao Bang sont goudronnées, larges et en bon état. Ça tourne, ça monte, mais c'est propre et roulant. Rien à voir avec les falaises et les gravillons de Ma Pi Leng. Si vous avez toujours eu envie de conduire vous-même sans avoir le niveau pour affronter Ha Giang, c'est ici qu'il faut venir.
Un mot d'honnêteté quand même : conduire un scooter reste conduire. Il y a des camions, du bétail sur la chaussée, et en saison des pluies la route est mouillée. Vérifiez aussi votre assurance voyage avant de partir, car beaucoup de contrats ne couvrent le deux-roues que si vous détenez le permis correspondant. Si vous n'êtes pas à l'aise, l'easy rider reste l'option la plus sereine, et vous profitez davantage du paysage.
Emportez un poncho de pluie intégral plutôt qu'une veste, et un sac étanche pour le téléphone. En juillet, la pluie arrive vite et repart aussi vite. Elle n'a rien gâché de notre voyage, au contraire : c'est elle qui a rempli le lac de l'Oeil de Dieu.
Ban Gioc, la cascade qui coupe un pays en deux
On arrive à Ban Gioc en fin de journée, et c'est le bon moment : les groupes de visiteurs chinois arrivent le matin, l'après-midi la lumière est plus douce et la foule a reflué. C'est la plus grande cascade naturelle du Vietnam, environ trois cents mètres de large sur plusieurs paliers, et la quatrième plus grande cascade frontalière du monde.
Frontalière, littéralement. La ligne entre le Vietnam et la Chine passe au milieu des chutes. On monte sur un petit radeau qui s'approche du rideau d'eau, et on se retrouve à quelques mètres des embarcations chinoises, chacun sur son bout de rivière, à se faire des signes de la main. C'est une sensation étrange et assez joyeuse.
Petit détail que j'adore : par moments, le téléphone change d'heure tout seul. Il accroche le réseau chinois, et comme il y a une heure de décalage entre les deux pays, on se retrouve soudain à vivre une heure plus tard sans avoir bougé. Il vaut mieux le savoir avant de paniquer sur l'heure du dîner.
Le spectacle chinois vu depuis un temple vietnamien
On dormait côté vietnamien, avec la Chine visible depuis l'auberge. Juste au-dessus, sur une colline, il y a un temple qui domine toute la vallée. On y monte en fin de journée pour la vue.
Et le soir, de l'autre côté de la frontière, la zone touristique chinoise organise des spectacles nocturnes. Depuis le temple vietnamien, on assiste donc à un son et lumière qui se déroule dans un autre pays, de l'autre côté d'une rivière, sans avoir bougé d'un mètre. Assis dans le noir à regarder la Chine s'illuminer, c'est un des souvenirs les plus bizarres et les plus beaux du voyage.
La grotte de Nguom Ngao et le village du papier
Le lendemain, direction la grotte de Nguom Ngao. Son nom signifie grotte du tigre en langue tay, et la légende raconte que des tigres s'y abritaient. Elle s'étend sur plus de deux kilomètres, dont environ un seul est ouvert aux visiteurs, et la mise en lumière met en valeur des stalactites qui prennent des formes d'animaux et de plantes. Le sol est glissant par endroits, prévoyez des chaussures fermées.
Sur la route, on s'arrête aussi dans un village artisanal où l'on fabrique du papier à la main, selon une technique transmise depuis des générations. C'est là qu'on a vécu le moment le plus simple et le plus touchant du séjour : une grand-mère nous a invités chez elle, nous a fait goûter ce qu'elle préparait, y compris l'alcool qu'elle distille elle-même. Personne ne parlait la langue de l'autre. Ça n'a pas empêché grand-chose.
La montagne de l'Oeil de Dieu, mon endroit préféré du Vietnam
Si je ne devais garder qu'un seul lieu de tout mon voyage au Vietnam, ce serait celui-là. La montagne de l'Oeil de Dieu, Nui Mat Than en vietnamien, souvent appelée Angel Eye Mountain en anglais, est un sommet karstique percé d'un trou parfaitement rond d'une cinquantaine de mètres. On dirait un oeil ouvert sur le ciel. C'est le genre de formation qu'on croit retouchée jusqu'à ce qu'on l'ait devant soi.
Et là, la chance. En saison sèche, le fond de la vallée est une prairie et on marche jusqu'au pied de la montagne. En saison des pluies, l'eau s'accumule et forme un lac. Nous y étions en juillet, donc le lac était là. Un habitant met une petite barque à disposition, on l'a prise, et on s'est baignés au milieu de ce lac, juste sous l'oeil, sans personne d'autre autour. Pas un autre groupe, pas un bus, rien.
C'est exactement ce que je cherche en voyage : un endroit spectaculaire, une expérience qui n'était prévue nulle part sur le programme, et le sentiment très net d'y être au bon moment. Venir en saison des pluies coûte quelques averses. Ça rapporte ça.
Les circuits de la boucle de Cao Bang, au départ de Hanoï
Le plus proche de ce que j'ai vécu, c'est le circuit de 3 jours vers la cascade de Ban Gioc avec expériences locales. Vous trouverez aussi les formules 2 et 4 jours sur la même page. Avant de valider, vérifiez trois choses : la durée réelle sur place hors trajets depuis Hanoï, le type de véhicule proposé (scooter en solo, moto ou easy rider), et la taille du groupe. C'est ce qui change tout entre deux offres au même prix.
Les questions qu'on se pose avant de partir
Combien de jours faut-il ?
Trois jours et deux nuits, c'est le format standard et il suffit largement. La boucle est compacte : Ban Gioc, Nguom Ngao et l'Oeil de Dieu sont assez proches les uns des autres, donc les journées de route sont courtes et on a le temps de s'arrêter. Un quatrième jour permet d'ajouter des points de vue et de ralentir encore, mais contrairement à Ha Giang, on ne se sent pas pressé en trois jours.
Faut-il le permis moto ?
Pour une moto, oui : un permis moto valide de votre pays plus le permis international. Pour un scooter automatique, la règle est la même en théorie, et surtout votre assurance voyage peut refuser de vous couvrir sans permis correspondant. Vérifiez votre contrat avant de partir, c'est cinq minutes et ça évite de très gros ennuis. Avec un easy rider, vous êtes passager et la question ne se pose pas.
Faut-il un permis spécial pour Ban Gioc ?
On est en zone frontalière, et selon les périodes une autorisation a pu être demandée aux voyageurs indépendants. La règle a évolué et les informations en ligne se contredisent. En passant par une agence, tout est géré pour vous et vous n'avez rien à faire. Si vous y allez en autonomie, renseignez-vous auprès de votre hébergement à Cao Bang avant de monter à la cascade.
Combien ça coûte ?
Les formules organisées de trois jours au départ de Hanoï tournent en général autour de 180 à 250 dollars, transport, hébergements et repas compris. La différence de prix se joue surtout sur le type de véhicule et la qualité des hébergements. Prévoyez en plus les entrées des sites, les boissons et un pourboire si vous avez un easy rider.
Saison sèche ou saison des pluies ?
C'est le vrai choix à faire, et il n'y a pas de bonne réponse. En saison des pluies, de mai à septembre, la cascade est à son maximum de puissance et le lac de l'Oeil de Dieu existe : vous pouvez vous y baigner. En contrepartie, il pleut, les routes sont mouillées et la lumière est capricieuse. De octobre à avril, tout est plus sec et plus lumineux, Ban Gioc reste splendide en octobre et novembre grâce aux pluies passées, mais le lac a disparu. Personnellement, je referais juillet.
Est-ce qu'on mange bien ?
Très bien, et dans de vrais restaurants locaux plutôt que dans des cantines à touristes, ce qui est un des avantages des petits groupes. La spécialité de Cao Bang, c'est le pho chua, une version froide et acidulée du pho, à goûter au moins une fois.
Alors, laquelle choisir ?
Si vous n'avez le temps que d'une seule boucle et que vous voyagez seul en cherchant à rencontrer du monde, Ha Giang reste imbattable pour ça. L'énergie collective y est unique et les cols sont plus spectaculaires.
Mais si vous voulez des paysages aussi beaux dans le calme, conduire vous-même sans être un pilote chevronné, discuter avec vos guides plutôt que crier par-dessus la musique, et voir des lieux que presque aucun voyageur francophone n'a encore mis sur sa liste, alors c'est Cao Bang. C'est celle des deux qui m'a le plus touchée, et c'est aussi celle qui va changer le plus vite. Les infrastructures se développent, la région commence à apparaître dans les itinéraires. Allez-y pendant qu'on peut encore se baigner seuls sous l'Oeil de Dieu.
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Je poste là-bas ce qui ne rentre pas dans les articles : les stories du moment, les coins trouvés par hasard, et les prochaines destinations en préparation. Et si vous préparez votre boucle de Cao Bang et qu'il vous manque une info, écrivez-moi, je réponds à tout le monde.